Lynchage de Verzeille : vers une reconnaissance du motif raciste ?
« Hans a été traumatisé trois fois : par ses agresseurs, par l’enquête bâclée, par la justice. Il a le sentiment que la justice est complice », nous dit Madou Koné, l’avocat qui défend une des deux victimes du lynchage de Verzeille du 24 juillet 2022. Dans ce village de 500 habitant·es au sud de Carcassonne, deux personnes noires ont été poursuivies par une foule et tabassées, parce qu’elles étaient noires. L’histoire a déjà été largement documentée ‒ notamment par Mediapart1 et France culture2 ‒, y compris l’omerta quasi-totale qui a suivi dans le village, et le soutien aux agresseurs apporté par le député RN Julien Rancoule.
Ludovic B., un des trois auteurs des coups identifiés, était adjoint au maire à Verzeille et l’est resté bien après les faits, ne démissionnant qu’en décembre 2024. Il est aujourd’hui coprésident du club de rubgy à treize de Carcassonne.
Plusieurs choses sont révoltantes dans la parodie d’enquête des gendarmes de Limoux après ce 24 juillet 2022. Sur place la nuit même, ils n’interpellent personne, comme à Royère-de-Vassivière (Creuse) le 15 août dernier3. Rien à voir avec la vitesse avec laquelle les forces de l’ordre peuvent embarquer et envoyer en comparution immédiate des groupes de personnes dans d’autres situations. Seulement quatre personnes ont été poursuivies par le parquet de Carcassonne alors qu’une vidéo du tabassage, insoutenable, toujours disponible sur Youtube, fait clairement entendre qu’il y a beaucoup plus de monde autour, qui, par leurs cris et leur présence, ont participé. « Le tout est parti pour une histoire de piqûres. Des gens se sont mis à crier «c’est les Noirs, c’est les Noirs» donc c’est évident que, étant noir, si j’avais été présent j’aurais été agressé aussi », nous explique Madou Koné. Après plusieurs renvoisdans la procédure, le jugement de première instance, fin 2024, a relaxé une personne, en a condamné deux à un an avec sursis et une à un an et demi avec sursis. La procureure n’a pas retenu le caractère raciste, affirmant à l’audience que le cri « c’est les Noirs » était juste un moyen d’identifier des personnes.
« Dès le début de cette enquête on a senti que le parti pris était de minimiser. Il a été décidé de ne retenir que trois personnes alors qu’on sait qu’il y avait une quarantaine de personnes sur place », raconte maître Koné. Hans a fait appel sur ses intérêts civils, demandant 50 000 euros. Ce deuxième procès vient d’avoir lieu à la cour d’appel de Montpellier en mars, avec un verdict fixé au 15 juin 2026. Fait rare, la cour d’appel de Montpellier a désavoué le parquet en rouvrant le dossier en janvier 2026, pour le confier à un juge d’instruction. La cour a indiqué que l’enquête initiale comprenait « un manquement manifeste à l’impartialité ». Les quatre personnes déjà jugées ne peuvent plus être poursuivies, mais les autres personnes qui ont participé au lynchage, finalement, si.
Yann Bureller
- « « Tue-le, tue-le ! » : derrière le passage à tabac de deux jeunes Noirs, le racisme qu’un village refuse de voir », Mediapart, janvier 2023.
- « Les Pieds sur terre. L’affaire des piqûres », France culture, avril 2023.
- Voir « Violences racistes et virilistes à la campagne », L’Empaillé n°20, hiver 2026.
