Aude. Novelum à l’aise à Carcassonne
Le groupe d’extrême droite radicale Novelum (« renouveau » en occitan languedocien) s’apprêtait en ce mois d’avril à fêter ses quatre ans quelque part dans l’Aude. Sur ses réseaux, ce groupe d’une quinzaine de personnes se présente comme anti-républicain, souhaitant « ne plus être seulement entendues par la république mais aussi écoutées, et si au passage elle tombe, tant mieux ! » (sur Telegram le 16 novembre 2025). Soutiens de la première heure, quelques militaires du régiment de parachutistes basé dans la ville ont depuis arrêté de s’afficher avec le groupuscule. Novelum se montre aujourd’hui avec les ultras du rugby, tient tranquillement son stand certains samedis matins sur le marché de Carcassonne, y distribue sa revue « lo camin » (« le chemin »), avec articles sur le terroir fantasmé et recettes de cuisine. Ils défendent la peine de mort et la « remigration ». Leur syncrétisme catholico-occitano-suprémaciste pioche dans la révolte des vignerons de 1907, le « volèm viure al païs » des années 1970, le drapeau occitan et la croix celtique, symbole en vogue chez les néofascistes.
En octobre dernier ils ont publié une vidéo de leur « été avec Academia christiana » (voir page 3), « parce que nous soutenons le vrai et le beau » où on voit des jeunes hommes et femmes danser en t-shirt blanc et foulard rouge, imitant une feria autour de pauvres vachettes, avec en bande son une chanson-manifeste : « Quand je suis cerné, je rêce d’un été français. Un été parfait, où rien ne pourra m’arriver. »
Ils étaient bien sûr au meeting de Bardella à l’Arena de Narbonne le 1er mai 2025, posant avec Laure Lavalette (RN, Toulon). Christophe Barthès, maintenant maire RN de Carcassonne, n’affiche pas de lien direct avec eux, mais ils ont reposté avec entrain son premier geste, le décrochage du drapeau européen de la mairie.
La tuerie et la préparation du cochon, choses banales à la campagne, deviennent pour ces hommes en quête de sens un marqueur identitaire important. Ils en tirent de nombreuses vidéos pour les réseaux sociaux. L’essai Le complexe du cochon1 l’analyse ainsi : « Dans les sociétés chrétiennes traditionnelles, « carnaval » désignait les jours festifs et « gras » précédant immédiatement le Carême, une longue période d’abstinence alimentaire. Dans le folklore identitaire, la consommation effrénée de viande de porc cherche à établir le même type de contraste, mais vis-à-vis de l’islam, qui est systématiquement accusé de contraindre ses fidèles à une austérité alimentaire inadmissible. La perspective funeste d’une « halalisation » de la France encourage ces ventrées de saucisses de Toulouse et de Jambon de Bayonne avant qu’ils ne soient définitivement prohibés au nom de la charia. » Si seulement ce n’était que du folklore.
Yann Bureller
