Numéro 20 (hiver 2026)

« Il faut décortiquer leurs discours »

Un collectif sétois s’est monté pour s’opposer localement à la montée de l’extrême droite. Entre une distribution de leur feuille d’infos et l’organisation d’une journée de conférences, rencontre avec deux militant·es infatigables, Daniel et Jeanne.
aquarelle bleue d'une mairie typique XIXe siècle avec des flammes du FN autour

«Ça été un peu le choc pour nous » se souvient Jeanne, lorsque Lopez-Riguori a été élu député RN à Sète en 2024 : « C’était ce qu’on craignait de pire. » Didier rappelle qu’il « a été élu avec 52 % des voix, dès le premier tour ! Ça a refroidi beaucoup de militant·es de gauche. Avant les gens disaient : on les voit pas, on sait pas s’ils agissent. Et là, c’est arrivé très brutalement ».

Un rassemblement est organisé le samedi suivant et débouche sur la création d’un collectif. Les militant·es décident de créer une feuille d’info, La Vigie, pour informer sur les élu·es RN de la région. Distribuée sur les marchés et tirée à deux mille exemplaires, elle en est à son sixième numéro. En parallèle, ils organisent des formations internes et des conférences publiques. Jeanne raconte : « Parfois, on en prend plein la figure quand on va sur les marchés, donc on se forme à partir de ce qu’on entend : « l’extrême droite on a jamais essayé », « l’extrême droite et l’extrême gauche c’est la même chose », etc. On a eu une première formation avec Visa1, et désormais avec des gens qui font parti du collectif ». Plusieurs journées publiques ont aussi été organisées, et celle du 6 décembre intitulée « connaître l’extrême droite pour la combattre » a encore été une réussite, avec 120 personnes venues assister aux exposés de chercheur·euses, historien·nes et militant·es.

Mais l’implantation locale du RN semble se poursuivre. D’après Jeanne, « c’est en train de monter comme ailleurs, on le ressent, ils sont de plus en plus présents et actifs. On les a pas trop vus sur le marché, sauf dernièrement avec les élections. Personne les interpelle. Le RN est relativement discret je trouve, comme des gens bien polis ». Daniel met en garde : « Ils sont pas forcément présents en terme militant. Par exemple, ils ont organisé les assises de la pêche, ils essaient d’influencer en venant à des réunions de viticulteurs ou d’agriculteurs, ils sont en partie dans le mouvement agricole actuel, ils sont dans des sphères qui sont pas celles du militantisme de gauche. Leur influence n’est pas là où on les attendrait, sur les marchés, en manifestation, etc. »

Jeanne se souvient de la venue de Bardella, venu dédicacer son livre à Sète, avec une queue immense de jeunes venus des environs. « C’était angoissant de voir ça. On était une cinquantaine en face, et c’était affolant, ces jeunes qui attendaient Bardella comme si c’était un influenceur. J’en ai pris une claque, la réalité elle apparaissait, c’est à cause des réseaux sociaux et certains médias… » Daniel insiste : « Il faut décortiquer leur discours. « F comme fasciste et N comme nazi », ça a marché un temps, mais que dans une petite fraction de la population. Il faut décortiquer leurs discours, leurs propositions, leurs votes, leur haine. Alors évidemment tout le monde se jette sur les brebis galeuses, avec raison, parce que c’est révélateur, mais ça ne suffit pas. On a du boulot, et ça risque d’être gravissime si on ne bouge pas. » Il déplore un investissement militant qui n’est pas toujours à la hauteur : « Il y a des réactions très vives au lendemain des élections, quand on voit que leur score monte ou devient très inquiétant, et après tout le monde fait avec, retourne à ses occupations. On délaisse le travail spécifique contre l’extrême droite ».

Mais Jeanne n’est pas pessimiste pour autant et pointe le regain d’énergie à la dernière plénière du collectif. De façon générale, ils insistent tous les deux sur le dynamisme militant sétois. Et leur énergie reste intacte, puisque le collectif tente de s’agrandir jusqu’à Frontignan, où une diffusion de La Vigie était organisée sur le marché quelques jours après notre entretien.

Contact : seteluttecontrelextremedroite@proton.me

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