Municipales. L’offensive de l’extrême-droite
Au regard des résultats des dernières législatives, le RN et ses alliés pourraient réaliser un raz-de-marée en mars, mais leur faible niveau d’implantation les empêche souvent de présenter des listes dans une grande partie de nos territoires. En se concentrant sur des villes gagnables et en envoyant ses député·es ou ses cadres, l’extrême droite risque néanmoins de multiplier le nombre de communes sous sa botte. Voici un tour non exhaustif de quelques départements très exposés à la menace brune et où, comme d’habitude, les candidat·es transpirent l’idéologie néofasciste, dans leur passé, leur entourage, leurs réseaux.

Pyrénées-Orientales
Dans ce pré carré où Louis Aliot règne en maître, le RN ne peut présenter qu’une dizaine de listes, tout comme en 2020. Carla Muti, cheffe du RNJ 66 et conseillère départementale RN, est tête de liste dans la commune de Canohès (6000 hab.). Elle est aussi suppléante de la députée Sophie Blanc, dont l’attaché parlementaire est Xavier Baudry, un flic passé par les néonazis du GUD, membre de la très intégriste Fraternité Saint-Pie X et adjoint de Louis Aliot. Carla Muti pourra certainement compter sur le soutien du « 7.59 », le bar du groupuscule identitaire Unité Sud installé sur la commune.
À Pia (11 600 hab.), le maire Jérôme Palmade, ancien proche de Louis Aliot, a été élu à la tête d’une liste sans étiquette en 2020. Il a depuis décidé d’adhérer au parti de Retailleau avec ses adjoints, mais conserve son idéologie pétainiste : son logo de campagne s’intitule « Pia, unité, avenir, honneur » – église et croix catholique mises en avant.
À Elne (10 000 hab.), on retrouve le néo-fasciste Steve Portel, passé par le Parti national français 66 aux côtés d’Yvan Benedetti, le chef ultra nationaliste et antisémite de la région, fondateur de l’Œuvre française. Portel rendait encore hommage à l’un de ses dirigeants en 2020 et manifestait aux côtés de Benedetti en 2022. Il est aussi proche de Xavier Baudry et partage des publications de la Fraternité Saint-Pie X. 1
D’autres listes se présenteront à Rivesaltes, Le Barcarès, Thuir, le Soler… Et bien sûr Aliot tentera de conserver Perpignan, où durant six ans il a mené une politique sécuritaire, anti-sociale et brutale. Mais il a un gros caillou dans ses bottes : son procès dans l’affaire des assistants parlementaires européens dure jusqu’au 12 février, et il avait en première instance récolté six mois fermes et trois ans d’inéligibilité. S’il est élu en mars, la décision de justice programmée en juillet pourrait le contraindre à démissionner et à porter un joli bracelet électronique.

Hérault
C’est l’un des départements les plus en danger. Bien sûr il y a la citadelle de Robert Ménard à Béziers. Cette girouette, qui vacille entre frontistes, identitaires et macronistes, se retrouve soutenu par Retailleau pour 2026 ! Pour l’anecdote, l’élue LR chargée de négocier les places sur la liste est l’adjointe Bénédicte Firmin. Après une exclusion du parti pour avoir rallié Ménard en 2014, elle vient d’être réhabilitée et nommée cheffe de file de LR à Béziers. Décidément, la droite française se sent de plus en plus à l’aise avec ce genre de fréquentations : en l’occurrence, Ménard multiplie les provocations islamophobes et racistes, tente de créer une milice de volontaires, quadrille sa ville de caméras et de flics municipaux. Cette année, il va devoir affronter une candidature RN pas moins détestable : le député Julien Gabarron, ancien sarkoziste, dont l’attaché est Romain Sens, auteur d’écrits islamophobes et collaborateur de l’institut Illiade, qui défend une ligne identitaire de défense de la race blanche européenne.
À Agde (29 600 hab.), le député Lopez-Riguori part favori, avec ses 59 % 2 réalisés aux dernières législatives dès le premier tour. Connu pour son passé à la Cocarde étudiante, syndicat d’extrême droite violent, et pour ses sorties islamophobes et anti-migrants, le voilà poursuivi par son ancien trésorier de campagne qui l’accuse d’avoir truqué les comptes avec son père. Il faut savoir que ce dernier, Alain Lopez, est l’un des fondateurs des « scouts » Europe-Jeunesse, créé avec des anciens de l’OAS et des groupes néofascistes d’après guerre. On y retrouve aujourd’hui la fine fleur de l’extrême droite radicale. Le fils a donc bien pris la relève, et se retrouve au bureau national du RN, chargé de trouver des moyens numériques de traquer… les « brebis galeuses » : soit les candidat·es qui assumeraient un peu trop publiquement leurs idées d’extrême droite !
À Frontignan (23 700 hab.), c’est Cédric Delapierre – encore un transfuge de l’UMP attiré par les scores frontistes – qui part favori avec 58 % des voix récoltées en 2024. Comme son camarade Sébastien Pacull, candidat à Sète (45 000 hab), il est l’un des anciens adjoints du maire divers droite de Sète, François Commeinhes. Néanmoins, les chances de Pacull dans l’ancienne ville communiste sont moindres.
On pourrait citer aussi la candidature de Joël Armentier à Mèze (12 600 hab.), soutenue par la députée Manon Bouquin, qui nous vient elle aussi de la Cocarde étudiante. Ou Lunel (26 300 hab.), une commune où le RN s’allie à Anthony Belin, l’ancien directeur de cabinet du maire divers droite Pierre Soujol. Le député et ciottiste Charles Alloncle est en soutien actif à la liste, après avoir été épinglé en juin dernier par le média Les Jours pour être l’un des administrateurs du « groupe officiel Jordan Bardella » sur Facebook, saturé d’injures racistes et antisémites ou d’appels au meurtre.
Aude
Carcassonne est l’une des villes où le RN va mettre le paquet, avec Christophe Barthès qui y a été élu député avec 53 % des voix. Cet ancien vice-président de la Coordination rurale audoise multiplie les provocations. Appels à la vengeance contre la racaille, propos brutaux, homophobes, sexistes, climatosceptiques. C’est en toute logique qu’il fut membre du groupe Facebook de son collègue Allonclede l’Hérault. Son attachée parlementaire, Constance Pinatel, est la femme de Jean-Eudes Le Moulec :Street press a révélé en novembre qu’il était derrière le compte Instagram « Conservateur punk », où figurait un ramassis de posts anti-IVG, d’hommages à l’OAS, aux franquistes, aux collabos et aux nazis, saupoudré de citations de Maurras. Quand aux militant·es du groupuscule identitaire Novelum Carcassonne, certain·es ont été aperçus à plusieurs événements organisés par le député et le parti, selon des photos publiées par l’Indépendant en février dernier.
Frédéric Falcon, candidat à Narbonne, marche dans les pas de Barthès même s’il vient de l’UMP. Son attaché Damien Obrador aboie sur les réseaux, estimant sur X qu’il faut « supprimer l’Arcom et toutes ces autorités administratives (…) gangrénées par les gauchistes de la pire espèce ». Il fait aussi le buzz raciste avec un « choisis ta France » présentant deux photos, l’une avec quatre députés blancs néo-fascistes, l’autre mettant en scène quatre députés insoumis dont deux noirs. Son autre attaché, Adrien Pêpe, était DRH du sulfureux maire de Beaucaire pendant plusieurs années, où il a vu défiler toute une série de salariés proches des milieux identitaires.
Enfin à Limoux, le délégué RN du département Maxime Bot tente sa chance. C’est le suppléant du député Julien Rancoule, connu pour ses sorties xénophobes, ou pour avoir défendu le lynchage de deux Noirs en 2022 à Verzeille. Encore un qui s’est fait pincer, fin 2024, toujours grâce au média Les Jours, pour son appartenance à un groupe Facebook farci de posts racistes violents, intitulé « Rassemblement national (direction 2027 !) ». Le député sera présent sur la liste de Bot, où il pourra faire profiter de l’expertise de son attachée parlementaire Julie Gahinet, poursuivie pour des propos racistes tenus en juillet 2024 dans un bar. Elle a aussi soutenu publiquement le député De Fournas exclu de l’assemblée en 2022 pour des propos haineux, et fut l’ancienne attachée du député Meyer Habib qui traite les Palestinien·nes de « barbares » et de « chiens ».

Gard
Le député Julien Sanchez poursuit son ascension, actuel numéro six du parti et partisan d’une ligne dure proche des identitaires. Depuis 2014, il a montré à Beaucaire une politique brutale, anti-sociale, anti-migrants et xénophobe, n’hésitant pas à s’entourer d’anciens cadres de Génération identitaire ou d’autres profils aux relents nauséabonds. Il a laissé la place à Nelson Chaudon lorsqu’il a été élu député, et ce dernier a bravement pris la relève, installant notamment des panneaux aux entrées de la ville qui portent la mention : « Ici on défend notre identité, notre drapeau, nos traditions ». Le message est clair. Le RN va donc tenter de conserver son bastion, et Sanchez va cette fois-ci s’attaquer à Nîmes, s’offrant le luxe d’avoir deux autres député·es sur sa liste, Yoann Gillet et Sylvie Josserand.
À Bagnols-sur-Cèze, la députée Pascale Bordes se présente et multiplie les sorties sécuritaires délirantes, évoquant récemment la tenue de jeux olympiques de la construction pénitentiaire : « On a su se surpasser pour certaines constructions lors des jeux olympiques et on a su faire fi de certains règles d’urbanisme. Pourquoi ne pourrait-on pas avoir la même volonté pour les places de prison ? » Elle déplore aussi que « les criminels infiltrent les milieux de la police, de l’administration pénitentiaire et ce faisant transforment progressivement la France en un narco-État ». Elle est connue pour d’autres âneries à tendance islamophobe, comme la comparaison de la lutte contre le burkini à celle contre le nazisme. Rien d’anormal à ce qu’elle ait été membre du groupe Facebook de Charles Alloncle (député de l’Hérault). Son attachée, Solène Toulemonde, est abonnée sur X aux comptes de Zemmour, Nemesis, du média Frontières ou de l’extrémiste Meyer Habib. De quoi faire une belle revue de presse le lundi matin.
À Alès (46 000 hab), le député Pierre Meurin fait durer le suspens et promet une liste prochainement… Mais aucun doute sur ses convictions anti-avortement, sa proximité avec la fachosphère ou le catholique intégriste Christophe Bentz, avec qui il a créé l’école de cadres de Marion Maréchal.
Nicolas Meizonnet, adepte des sorties xénophobes, sera lui candidat à Vauvert (11 700 hab), où il a été élu député dès le premier tour en 2024. Il soutiendra Bernard Luciani au Grau-du-Roi (8500 hab), où RN et UDR s’allient. Tout ce gratin gardois pourra compter sur l’appui d’un autre député local, Alexandre Allegret-Pilot, adepte des envolées rances, misogynes et violentes. Fin 2024 sur X, il relayait cette ineptie raciste d’une « carte du QI » selon les origines géographiques. À la même époque des liens ont été observés par Mediapart entre son équipe et les brutes de la Ligue du midi3. Adepte de MMA et des menaces envers d’autres élu·es, le député additionne une dizaine de plaintes et mains courantes à son encontre.
Tarn
Le département a quelques taches brunes potentielles. Notamment à Graulhet (13 800 hab.), où le délégué RN du département, Julien Bacou, se présente fort de ses 53 % obtenus localement aux dernières législatives. Sur X, il retweete le media identitaire Frontières, suit le compte raciste Fdesouche, les pires députés RN comme l’antisémite Caroline Parmentier4, le compte « le menhir » en hommage à Jean-Marie Le Pen ou encore « Cœur de France », une influenceuse de Reconquête qui développe des thèses racistes. Bacou a de qui tenir : c’est un proche de Frédéric Cabrolier, l’ancien député RN qui l’avait pris sur sa liste aux municipales de 2014 à Albi. Ce dernier, qui se représente dans la ville rouge, ne peut cacher ses affinités avec l’extrême droite violente de Patria Albiges : son fils Clément en est l’un des leaders, et un autre membre, Thomas Rouquette, était sur sa liste en 2020. Cabrolier défend donc ces nervis, « une organisation locale de jeunes nationalistes », avec qui le RN local s’est allié pour empêcher la construction d’un Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada). Dernière idée fascisante de Cabrolier pour Albi : mettre le quartier de Lapanouse sous couvre-feu permanent, avec un contrôle policier aux entrées et sorties pendant plusieurs semaines.
À Lavaur (10 800 hab.), la scission ciottiste a fait officiellement passer la ville à l’extrême droite, Bernard Carayon s’engageant dans l’UDR. Après avoir été responsable national du GUD, puis chiraquien, le voilà de retour à l’extrême droite, au bon endroit pour poursuivre ses sorties virulentes contre les écolos et les gauchistes. Il a pris la mairie en 1995 avec des lepénistes, et ne l’a pas lâchée depuis. Avec son fils Guilhem, qui s’est présenté aux dernières législatives, ils ont bataillé avec Patria Albiges contre le Cada de Réalmont.
Lescure-d’Albigeois (4600 hab), où Julien Bacou a fait 55 % en 2024, est aussi menacée par un affreux prof zemmouriste, Denis Rouquette. C’est un anti-musulmans assumé : sur Facebook, l’homme reproduit une citation qualifiant l’islam de « religion monstrueuse », et son bandeau met en scène la milice du temple à l’assaut des musulmans. Rouquette se permet de préciser : « Moi aussi je rentre en croisade… »
Et ailleurs
Les taches brunes se multiplient désormais dans tous les départements. En Gironde, avec les députées Edwige Diaz et Julie Rechagneux, à la manœuvre pour monter cinquante listes aux municipales, et dont les liens sont avérés avec les identitaires et néo-nazis de la région. Dans le Tarn-et-Garonne, avec l’identitaire Romain Lopez à Moissac et les ciottistes à Montauban autour de Brigitte Barèges. Ou dans le Lot-et-Garonne, avec la député Hélène Laporte, anti-IVG et pro-Poutine qui réalise un rapprochement avec l’ancien maire de droite à Marmande.
Mais aux quatre coins de la région, des collectifs militants cherchent à occuper le terrain, et travaillent à démasquer cette extrême droite néofasciste. Si elle fait de gros scores électoraux, son implantation et sa base militante sont encore faibles. Faisons en sorte qu’elles le restent.
Émile Progeault
- Révélations du média Blast, « Dans les Pyrénées-Orientales, bientôt un maire pétainiste ? », 25 novembre 2025.
- Tous les scores électoraux évoqués dans l’article sont des pourcentages réalisés sur la commune dont il est question.
- « Dans les Cévennes, la méthode »trumpiste » du député Allegret-Pilot », 15 février 2025.
- Proche de Marine Le Pen qui a écrit les pires conneries antisémites, homophobes, racistes et intégristes pour le journal pétainiste Présent.
