Trop chaud !

Pour boucler ce numéro d’été au lieu collectif La Chaloupe, à Marcillac-Vallon, on a délaissé notre grande salle de travail où la température est devenue intenable. On s’est réfugié·es au sous-sol, sous les néons pendant trois jours. C’est mieux que l’été dernier, quand une partie de l’équipe s’est retrouvée au milieu du méga feu des Corbières, obligée de fuir leur village encerclé par les flammes. Vraiment, il faut le répéter en chœur : les climatosceptiques et leurs soutiens d’extrême droite sont des sacs à merde.
Bien sûr, le réchauffement reste largement plus respirable au quotidien quand on habite des maisons en pierre à la campagne loin du bitume des métropoles. Mais il bouleverse toutes les vies quotidiennes, bousille le sommeil, provoque malaises et baisses de régime, empêche le travail extérieur une partie de la journée. Les potagers sont en berne, les feuilles des arbres crâment au soleil, sans parler des incendies ravageurs.
Au pouvoir, dans leurs bureaux climatisés, les capitalistes macronistes sont sur le point de se faire remplacer par leurs collègues lepénistes – ou de fusionner avec eux, on se sait plus bien. Précisément les mêmes qui ont toujours nié ou minimisé la catastrophe. « Trop chaud », c’était le titre d’un numéro spécial de Courrier international en 2006. Et toujours pas un poil de cul de début de prise au sérieux du cataclysme. On supprime les cuillères en plastique plutôt que la production de bagnoles, de portables, de pubs, de missiles, de porte-conteneurs, de yatchs, d’avions, de pesticides et d’emballages (liste à poursuivre à la future assemblée insurrectionnelle).
Il fait trop chaud, mais jamais trop pour tout bouleverser. On a vu la mégamachine largement enrayée pendant le confinement, la végétation repartir et la faune sauvage revenir même dans les villes. D’ailleurs, on pourrait déjà reconfiner toute l’élite et sa bureaucratie, mettre en sourdine les médias Bolloré, et là on pourrait commencer à réfléchir à la suite.
Pendant la pause déjeuner, après quelques verres de vin de La Revanche1, on papote et on se demande si le scénario d’un incendie qui gagnerait une centrale nucléaire ne serait pas une fin probable – et qui aurait de la gueule. Certain·es pensent que le risque a été prévu par les ingénieur·es, d’autres ont un léger doute. Peut-être une enquête là-dessus dans le prochain numéro ? Dites-nous si vous avez des infos. Et continuez à nous envoyer toutes les contributions depuis vos luttes écologistes, féministes, anticapitalistes, décoloniales : elles sont précieuses.
Est-ce que la dernière perversité bureaucratique qui nous tombe dessus avec la facturation électronique va mettre le feu aux poudres cet automne, chez toutes les petites structures qui n’en peuvent déjà plus ? Après tout, c’est l’abaissement de la vitesse à 80 km/h sur les départementales qui avait semé les graines de la colère des premiers groupes Facebook de Gilets jaunes, en 2018. Ou le danger de l’extrême droite qui vient va-t-il produire un vaste mouvement anti-fasciste, qui mette le feu à la jeunesse ? Peu importe l’étincelle, pourvu qu’on ait l’ivresse de toutes ces révoltes qui n’ont pas fini de faire l’Histoire.
Retour sur terre. On vous souhaite de trouver des bouts de fraîcheur et de joie collective comme il en éclot encore et toujours, de pouvoir faire un tour dans des petits festivals au bord des rivières qu’il nous reste, ou dans les manifs et teufs sauvages imprévisibles. Et on se retrouve sous des températures vivables, déterminé·es comme jamais, à la rentrée.
Le comité de rédaction
