Théâtre engagé en danger
Le 19 mai 2026, la mairie a annoncé la suspension de la subvention au théâtre du Grand Rond, qui luttait déjà pour sa survie depuis des années. Dernier acte d’une longue série d’attaques des équipes de Moudenc contre la scène toulousaine.
Depuis vingt-trois ans, ce lieu est un élément emblématique dans le paysage culturel. Il propose notamment un grand nombre de spectacles jeune public, des apéros-spectacles en participation libre, diffuse ses pièces auprès des scolaires et accompagne des compagnies locales et émergentes, notamment avec le festival Tapages qui diffuse plus de cinquante spectacles en trois semaines et permet aux troupes participantes d’être programmées par la suite. Le théâtre met aussi en avant la pratique amateur avec une quinzaine d’ateliers proposés par semaine pour les enfants, les ados et les adultes. Mais c’est également un travail d’accompagnement professionnel qui est réalisé en aidant les compagnies à se structurer et à trouver des financements pour leurs créations. Les troupes sourdes y sont également soutenues avec des spectacles en langue des signes répondant aux besoins de cette communauté, très présente et active dans la ville.

En 2018, le Grand Rond a fait le choix de devenir une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). « Ça correspondait mieux à la manière de travailler ici qui est très collective et collégiale », explique Béryl, coordinatrice de la formation professionnelle. Les décisions sont prises via le conseil de coopération, composé de salarié·es, mais aussi de proches du théâtre et de spectateurices, ce qui permet de fédérer les habitué·es et de les associer aux prises de décisions.
Dès novembre 2024, le théâtre lance un appel à l’aide en diffusant une pétition pour demander une augmentation des financements de la part de la mairie. Quand la plupart des théâtres sont financés à hauteur de dix euros par place, le Grand Rond ne l’est qu’à cinq euros. Cette stagnation des soutiens publics à un niveau excessivement bas pendant plus de dix ans revenait à condamner le projet tel qu’il existait jusqu’à présent. Leur demande restant lettre morte, l’équipe du théâtre a
été obligée de présenter un plan d’économie drastique le 6 mai dernier en réduisant l’équipe salariée de moitié et la programmation d’un tiers. Mais dans le communiqué du 19 mai, la mairie porte un nouveau coup au Grand Rond en supprimant la subvention en les accusant de « gestion erratique ». « En gros, on nous reproche la précarité financière du projet : c’est précisément les raisons pour lesquelles on voulait une augmentation de subvention », explique Béryl. Moudenc et Yardeni, adjointe à la culture, les accusent également d’avoir détourné une partie de la subvention publique au profit d’une structure partenaire. Il s’agissait d’une avance de trésorerie, aujourd’hui remboursée, pour Le tracteur, tiers-lieu culturel situé à Cintegabelle. Pas de quoi justifier une suspension de subvention pour les deux années à venir.
Suite à cette décision, qualifiée d’ « arbitraire et violente » par Béryl, l’équipe dénonce « un prétexte pour nous punir d’avoir eu des prises de parole un petit peu trop fortes pendant la campagne électorale ». Leur tort : avoir décrié les politiques municipales ayant déjà malmené plusieurs structures culturelles comme le Mix’Art Myrys ou le Pavillon Mazar. Menacé de fermeture, le théâtre a lancé un abonnement de soutien à 100 euros par an pour les adultes et 30 euros pour les enfants, et l’équipe travaille d’arrache pied pour sauver le Grand Rond.
Texte : Oni Apostolo
