Bordeaux. Courrier d’une lectrice
À Bordeaux, en ce moment, se déroule une chose aussi légale que déprimante : la Poste distribue la brochure de [la candidate RN] Julie Rechagneux (16 pages en couleur format A4). Tout ça, parce qu’elle est une entreprise commerciale et qu’elle n’a pas le droit de refuser un contrat. Je me suis renseignée de mon côté et j’en ai eu la confirmation par notre libraire-candidat. Il m’a raconté que des camarades postiers refusent de distribuer la fameuse brochure (ou pire encore!!!). Bref, mercredi, sur le coup de 13h30, quelqu’un a déposé « Remettre Bordeaux en ordre » dans ma boîte à lettres. Mon quartier, Saint-Bruno, est généralement désert à cette heure-là : pas un paroissien pour aller écouter la messe en latin, pas un scout d’Europe en goguette avec un curé soutane-béret-brodequins, pas un jeune de l’Action française en train de faire de jolis pochoirs « Montjoie Saint-Denis » sur les trottoirs, l’église étant un véritable incubateur à fachos autour de la Fraternité Saint-Pierre.
En ces temps de tractage, je suis allée voir immédiatement : comme c’était le RN, j’ai jeté un coup d’œil dans la rue et j’ai vu non pas un courageux militant mais un facteur : tenue-vélo-caisse siglés La Poste. Je l’ai interpellé poliment : « Monsieur le facteur, pouvez-vous m’expliquer pour quelle raison un facteur en tenue distribue les brochures du Front national ? » et il a rétorqué: « Ça te dérange ? T’es quelle porte ? ». Pas vraiment le sens du service public, celui-là… Comme il me semblait plus militant que facteur, j’ai rétorqué: « Je suis fonctionnaire d’État, je vous rappelle qu’un fonctionnaire ne tutoie pas les usagers [euh … si, ça arrive fréquemment à certains, mais bon c’est pas des facteurs…] et si vous cherchez à m’intimider, vous n’avez pas encore gagné les élections, vous n’avez pas encore de milice officielle ». Il n’a pas aimé, il m’a dit qu’il avait 62 ans, que c’était la première fois qu’il se faisait agresser sur une tournée (je mesure 1,54m et j’étais en chaussons), qu’il n’en resterait pas là et qu’il allait immédiatement en référer à sa direction. Et il a pédalé dans le sens opposé à la grande Poste de Mériadeck…
(courrier reçu le 7 mars dernier)
