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Edito

Castaner de tous les pays : cassez-vous !

Au palais, ça flageole dans les caleçons en lin. Ça planque les homards au fond du frigo. Ça commence à comprendre que la fièvre des rues est autre chose qu’une petite épine gênante coincée dans le mocassin. Qu’on n’arrivera pas facilement à l’ôter en offrant les miettes du banquet. Et qu’il sera désormais difficile d’allonger ses pieds guéris sur la tête des souffreteux. Ça panique même sévère vu les moyens qu’ils mettent pour canaliser les cris incivilisés dans d’audibles « débats ». Faire semblant d’écouter, crisper le sourire et envoyer les chiens affamés nettoyer les rues avec la brutalité d’un État autoritaire.

De leur côté, les ventriloques du pouvoir ont mis le paquet en terme de mépris des manifestants. Fustigeant les « casseurs » et les « ultras », ils ont honteusement détourné le regard devant les corps mutilés par la violence policière. À contrario, en couvrant les mouvements sociaux à l’étranger, ils ont joué à bloc leur petite musique néocoloniale pour montrer comment des polices barbares violentaient de naïfs peuples épris d‘idéal démocratique et de désir d’égalité.

Sauf que le rapprochement entre l’ici et l’ailleurs ne peut que sauter aux yeux : avenues bouclées, justice d’exception, manifestants mutilés, état d’urgence n’ont pas cours qu’au Vénézuela, en Egypte à Hong Kong ou au Chili, mais aussi dans le pays qui se gargarise d’être celui des droits de l’Homme.

Alors que le Rojava qui mène un projet politique anti-capitaliste et féministe depuis des années, se fait piétiner dans l’indifférence générale, des foyers de révoltes s’embrasent partout. En Équateur, en Irak, au Liban, à Haïti, en Algérie, et dans bien d’autres pays, les habitant-e-s crèvent de se voir piétiner par des dirigeants engraissés au capitalisme. Et s’il fallait trouver du commun à toutes ces révoltes, aux situations culturelles et politiques si différentes, on dirait qu’elles partagent une même hâte à déboulonner leurs élites pour faire place à plus de justice sociale.

En France, depuis plus d’un an, les gilets jaunes ont galvanisé les troupes et redonné à la rue sa vocation politique. Désormais, tant de monde bat le pavé : urgentistes, retraités, féministes, écolos, cheminots, comités « vérité et justice » des banlieues, zadistes contre les projets pourris… Une liste à la Prévert qui n’en finit pas à l’heure où on boucle ces lignes.

Ce bouillonnement bigarré exprime des souffrances intérieures qui ont atteint l’insupportable. Tous ces mouvements clament que la violence subie, contenue dans les ventres depuis des années, n’est pas personnelle. Elle est politique et a ses causes et ses responsables ! Et que très vite, il s’agira de punir ceux qui usent de leur position dominante pour agresser, violer, exploiter…

Autoritaire l’État français ? S’il y a encore un doute sur cette affirmation, il suffit de suivre le macabre décompte de la répression (1). De voir le déploiement de forces lors du moindre déplacement de Sa Segneurie dans ses provinces (2). Ou de se demander comment cet enflure de Castaner ose encore afficher sa gueule goguenarde devant un peuple qu’il a mutilé, épuisé, humilié ?

Que Castaner se casse ! Cassez-vous tous ! Ce n’est pas une petite épine qu’on vous a plantée dans le pied, c’est un pieu ! Et comme le dit la vieille chanson de Luis Llach, l’Estaca: « Si nous tirons tous, chacun-e de notre côté, le pieu qui nous asservit tombera » (3). Parce qu’on n’est plus au temps de la convergence des luttes (si tant est qu’elle ait vraiment existé un jour). On est au temps de la concordance des rages !

(1) Décompte sur : « Allo place beauvau ? c’est pour un bilan », https://www.davduf.net/

(2) Lors de la venue de Macron à Rodez le 3 octobre, des centaines de CRS, canons à eau et grilles anti-émeute attendaient les 150 manifestants médusés.