Lozère. Au conseil départemental, un cadre anti-féministe
Fin juillet, une affiche sexiste placardée dans les locaux de la Protection maternelle et infantile (PMI) a déclenché la polémique en interne. Son auteur, le directeur départemental de l’Aide sociale à l’enfance, a rendu son tablier dans la foulée. Drôle de coïncidence.

Tout a commencé avec l’affichage d’un premier document dans les toilettes du personnel. Le document, intitulé « Les droits de la vulve », énumère plusieurs revendications à l’égard de l’appareil génital féminin, telles que « ma vulve a le droit au bien-être, à la non-discrimination, à la santé », etc. Ce support de prévention est diffusé par « Périnée bien aimé1 », une association de sages-femmes et de psychologues qui fait de la prévention sur les douleurs périnéales et vulvaires.
Quelques jours plus tard, un document parodique fait une apparition hallucinante. Intitulé « Les droits de mon chibre », le papier reprend les codes textuels de la première affiche. On peut y lire, entre autres, « mon chibre a le droit à des privilèges exclusifs », « mon chibre a le droit à ne pas s’excuser » ou encore « mon chibre a le droit à la reconnaissance de sa puissance ». Une affiche pour le moins surprenante dans ce service du département, dont la mission est d’assurer « la protection et la protection sanitaire maternelle et infantile ». Surprenant, c’est également le terme pour décrire l’auteur de cette mauvaise blague : le directeur départemental de l’Aide sociale à l’enfance, Renaud Laures ! Dans un mail adressé le 29 juillet à plusieurs de ses collègues, le fonctionnaire revendique la fabrication d’une « affiche satirique » et explique avoir voulu provoquer le débat « par taquinerie ».
Un geste humoristique donc, mais justifié par la pensée de l’auteur, qu’il développe largement dans son message adressé aux équipes de la PMI. Le trublion met notamment « le féminisme et le masculinisme sur le même plan » et dénonce « les excès du féminisme actuel que la société occidentale promeut ». Puis il s’embourbe, en niant la réalité des violences conjugales, regrettant que de nos jours « une gifle donnée à une femme par un homme est plus violente que l’inverse », faisant même un parallèle lunaire avec des discours qui estiment que « le génocide juif est plus grave que le génocide arménien ». Selon lui, cette évolution engagerait la société sur « une douce pente qui mène au totalitarisme », et pour appuyer son propos, le travailleur social termine même son message par une citation faussement attribuée à Winston Churchill : « Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes les antifascistes. »
Démission forcée ou départ programmé du directeur antérieur à cette « affaire » ? Les versions divergent. Le président du Conseil général n’a pas souhaité s’exprimer, et un cadre de l’administration a refusé d’être cité publiquement. Une chose est sûre, il n’y a pas eu de sanction officielle à l’encontre de Renaud Laures, pour ses propos à tendance masculiniste. Il est aujourd’hui responsable dans une Maison d’enfants à caractère social (MECS) associative, habilitée par les services de l’aide sociale à l’enfance du département.
- Environ 15 % des femmes seront touchées dans leurs vies par un problème de douleurs périnéales, selon cette association qui agit notamment « pour la promotion du diagnostic et de la prise en charge » de ces douleurs. Leur site internet est très fourni et documenté : perinee-bien-aime.fr.
