Trans. « On attend souvent de nous une sur-politisation »
Le 20 novembre, la journée du souvenir trans (en anglais Tdor), commémore depuis 1999 les victimes de la transphobie. À Toulouse, cela a aussi été une journée de mobilisation pour un accès a toustes à une transition gratuite et sans psychiatrisation.
La politique est parfois un sujet qui ennuie mais pour d’autres, elle se retrouve au centre de leur vie. Et si certain·es voient ça comme un devoir moral, elle est parfois surtout une question de survie. Si les normes sociales et les lois véhiculent au mieux une invisibilisation, au pire une haine mal cachée pour tout ce qui sort du schéma classique (être cisgenre, hétérosexuel, valide, etc), exiger une considération devient une bataille militante. Voici des témoignages recueillis pendant cette journée, place Belfort.
Alice (19 ans) souligne l’importance de la solidarité entre adelphes, dans un contexte de fascisation et de montée de l’extrême-droite : « Le Tdor est important car c’est le seul moment de l’année où on peut se retrouver entre nous, entre gens qui subissons les mêmes oppressions et les mêmes violences. On a besoin de ce temps-là pour faire communauté. On ne doit pas oublier nos adelphes qui nous ont quitté·es, on doit les honorer, porter leur mémoire même en dehors de notre communauté. Il n’y a qu’ensemble qu’on peut être plus fort·es. »
Un·e anonyme (22 ans) confie : « Le Tdor est toujours un moment qui me serre le cœur. Je n’en ai pas fait un seul sans pleurer. Pour moi, avoir besoin d’un jour d’hommage et de sensibilisation, c’est un échec. Devoir dédier une journée en mémoire de nos adelphes assassiné·es par la haine transphobe est à déplorer. Devoir justifier de nos existences n’est pas une victoire, car encore une fois, nous ne pouvons pas exister sans revendiquer. »
Alice ajoute : « Quand on est trans, on attend souvent de nous une sur-politisation, et on l’a par conscience et par morale, mais aussi parce que les conséquences sont beaucoup plus graves pour une personne trans. Parfois, ça nous éloigne de nos ressentis personnels. Je suis une femme trans mais des fois j’aimerais être vue juste comme une femme. La politisation de mon existence exacerbe le fait que je sois trans. On existe dans un monde qui ne nous veut pas, donc juste le fait de vivre dans cette société qui veut nous éteindre, c’est une forme de résistance. »
