Limites du citoyennisme
Suite à nos articles sur la question municipale dans le précédent numéro, Ian Afast, l’un de nos contributeurs réguliers, nous a envoyé une analyse critique de l’engagement au sein des listes citoyennes à partir de la distinction qu’il établit entre municipalité et commune. Parmi ses remarques*, il rappelle les limites de la démarche « citoyenniste » qu’il associe à une forme de « social-démocratie, qui espère concevoir et réaliser, grâce à la concertation de tous les partenaires sociaux, une politique à même d’éviter la conflictualité sans abolir la propriété privée. […] Puisque toute décision liée à la justice sociale oppose des dominant·es et des dominé·es, la participation des premièr·es à ce genre de décision pose forcément problème. »
Selon lui, « prendre les municipalités n’est pas dénué d’intérêts, ne serait-ce que pour l’accès au foncier, mais exécuter et défendre soi-même son émancipation sociale, économique et juridique est autrement plus fortifiant et exaltant à vivre. (…) Choisir les structures d’organisation qui nous sont les plus appropriées est la démarche-clé de la démocratie communale. » Il existe des modes « d’organisation directe, d’ailleurs incomparablement plus souples en termes d’architectures démocratiques ». Les associations par exemple permettent à peu près tout : « Notamment des régies de quartier ou de territoire pour la gestion des services publics (Bellefontaine, Le Creusot) et même des écoles (le réseau ETRE). […] Mieux encore, le statut des sociétés coopératives d’intérêt collectif permet quant à lui de recréer ni plus ni moins une commune avec toutes ses composantes (particuliers, entreprises, coopératives, associations, syndicats, collectivités) et de lui conférer des pouvoirs juridiques […]. Il y a bien sûr aussi la bonne vieille structure syndicale qui ne se limite pas aux mondes du travail puisqu’elle peut donner lieu à des syndicats de consommateur·ices, de locataires ou de justiciables comme le syndicat de la montagne limousine. »
Et de conclure : « Tout existe déjà pour mettre sur pieds des démocraties communales et intercommunales sans tout miser sur les municipalités et leurs nombreux défauts, et réaliser une économie sociale et solidaire qui ne dépende ni des logiques patronales ni des logiques étatiques. »
