EDITO – Empaillez-vous !

Mazette ! Un an déjà que La Dépêche et ses clones pondent leur papier lisse, leur info racoleuse et leur prose macron-compatible sans qu’un trublion ne les éclabousse d’une belle tâche d’encre. Un an que ce numéro 4 voit sa date d’impression reportée mois après mois. Les saisons sont courtes et on demeure tiraillés entre mille choses, vous excuserez donc ce petit retard. Entre temps, l’ex-socialo Macron a enchaîné des contre-réformes à faire pâlir les enflures au pouvoir depuis vingt ans. Une marche-arrière sociale à fond la caisse : deuxième loi travail, état d’urgence perpétuel, entrée de la sélection à la fac, loi anti-immigration, les retraites et le chômage bientôt rabotés. Et la police qui assassine toujours dans une impunité immuable. Matisse et Selom, poursuivis par la BAC, écrasés par un TER à Lille, le 15 décembre. Jérôme Laronze, un paysan qui prend trois balles dans le dos, le 20 mai. Un non-lieu pour les gendarmes ayant tué Rémi Fraisse par un lancé de grenade explosive, il y a trois ans.

De quoi pétarader des grèves et des actions en veux-tu-en-voilà ! De quoi sortir dans la rue avec ses pancartes, sa peinture ou son brise-glace. Mais l’autre est aussi vilain que malin et profite d’un moment d’accalmie pour enchaîner les mauvais coups. Les manifestant-es sont traumatisés par la répression ou déprimés par la défaite. La rue ne s’enflamme plus, c’est le désenchantement après l’embrasement qu’avait suscité la Loi Travail. Allons, pas de désespoir, la troisième mi-temps est toujours la plus festive… Car dans les vestiaires, on s’entraîne dur et on cherche de nouveaux terrains de jeu. Avec nombre d’entre vous, il a certes fallu battre le pavé et réfléchir comment mener la contre-offensive politique. Mais aussi ouvrir et animer des lieux collectifs, mettre des coups de pioches et cultiver des jardins, organiser des ateliers d’échanges de savoir-faire, maintenir des activités hors du monde marchand, sauvegarder des îlots paumés pour créer de nouveaux modes de vie, organiser des grosses fiestas où danser toute la nuit, des soirées qui réchauffent les coeurs et qui soudent nos existences… Construire du commun, de l’entraide et de la résistance pour échapper un peu, là où c’est possible, à ce système qui empoisonne. Faire des gosses aussi, entre tout ça !

C’est motivé.es par celles et ceux qui mènent de belles luttes, proches de nous ou loin de nos vallées, que ce nouvel Empaillé surgit à nouveau. Il est dédié à ces milliers de personnes qui envahissent les rues de Decazeville contre la fermeture de la maternité, ces comités anti-Linky qui ne lâchent pas l’affaire, cette émulsion autour de l’Amassada qui promet des lendemains en canon. Et bien sûr à cette première manche remportée à Notre-Dame-des-Landes, ouvrant la voie à une nouvelle bataille, celle de maintenir l’existence de la ZAD, coûte que coûte. Comme un lieu essentiel au tissage d’un réseau à travers le pays, bardé de pied-à-terre où fomenter l’avenir, de lieux associatifs en cafés politiques, de fermes collectives en squats d’activités, d’imprimeries militantes en festivals DIY. Où croire en la vie, encore, et s’éclater à toute berzingue.

Bonne lecture !

Note du politburo : Bienvenue dans ce joyeux bordel ROMANE !